Guédelon

01/01/2026

Aujourd'hui, je vous propose de faire une halte au château de Guédelon en Bourgogne, non loin de la ville d'Auxerre. Vous devez sûrement vous demander : mais pourquoi ce château et pas un autre ? Eh bien, parce que ce dernier n'est pas un château comme les autres !!! Il s'agit d'un chantier médiéval commencé en 1997 avec pour objectif de recréer, avec les techniques des bâtisseurs du XIIIᵉ siècle, un château médiéval.

Cette aventure, à la fois scientifique et humaine, s'inscrit dans une démarche visant à être le plus proche possible de la réalité historique. Pour atteindre cet objectif, les initiateurs du projet ont dû mettre en place un cadre précis : définir l'ascendance du futur seigneur (appartient-il à la grande ou à la petite noblesse ?), déterminer l'époque exacte de la construction du château et analyser le contexte social, politique et économique de la période.

La corrélation entre le contexte général et le statut social du seigneur influence directement sa capacité financière ainsi que sa vision du rôle du château fort. En période de guerre, la fonction est surtout défensive ; en temps de paix, elle devient ostentatoire, symbole de puissance et de richesse. En période d'épidémies de peste, le seigneur peut être confronté à une pénurie de main-d'œuvre, car de nombreux paysans meurent et ne cultivent plus ses terres. Cette situation réduit ses revenus, ce qui peut l'amener à opter pour une construction plus sobre, faute de ressources suffisantes

Le cadre historique choisi

Nous allons maintenant nous intéresser au cadre historique. Nous sommes en 1228 après J.-C., en France, dans la Puisaye, sur les terres contrôlées par le baron Jean de Toucy qui, à l'approche de la sixième croisade, se trouve dans un contexte politique, économique et social relativement stable.

Dans ce contexte paisible, le seigneur de Guédelon, né trente ans plus tôt, en 1198, est un vassal de Jean de Toucy. Il a récemment contracté un mariage politique avec l'une des nièces de ce dernier. À cette occasion, le seigneur de Guédelon agrandit son domaine et donc ses revenus, mais pas seulement : ce mariage avec une noblesse plus élevée que la sienne augmente son prestige, car il se rapproche officiellement de la famille du baron. Par ailleurs, le baron lui a donné l'autorisation de bâtir son château qui sera dans un style d'architecture dit philipien.

L'architecture philippienne vient d'une volonté du roi Philippe Auguste (1180-1223) de standardiser l'apparence des places fortes dans les régions sous son influence, afin de faire de ces bâtiments des symboles de son pouvoir et surtout un symbole de la centralisation de ce dernier.

Au vu de son mariage récent avec la nièce d'un vassal du futur roi de France Louis IX, il est tout à fait logique de choisir un style philippien qui, à l'époque, est un symbole de proximité avec les rois de France. Ainsi, en construisant ce château, le seigneur de Guédelon montre son appartenance à la famille du baron Jean de Toucy, mais surtout qu'il est le vassal d'un vassal du roi de France.

Le déroulement du chantier de Guédelon 


Passons maintenant au déroulement du chantier. Tout d'abord, un chantier médiéval ne se fait pas n'importe où ! Il est généralement installé sur un site où l'on peut utiliser les ressources à proximité pour construire le château fort, ce qui réduit les coûts et la durée des travaux. C'est pour cela que les créateurs de Guédelon ont choisi ce site : il possède une carrière de pierres pour les murs du château, une forêt de chênes pour les charpentes et les échafaudages, ainsi qu'une terre aux compositions variées : sableuse pour le mortier, argileuse pour les tuiles, et riche en pigments comme l'ocre et l'hématite pour décorer le logis seigneurial.

Une fois le lieu choisi, différents corps de métier s'installent à proximité pour construire le château. Le chantier de Guédelon en est l'exemple parfait ! Il compte douze métiers qui contribuent chaque jour à la construction. Commençons par le travail de la pierre : les carriers extraient et trient les pierres selon leur qualité, car leur usage dépend de cette dernière. Une fois extraites et triées, elles sont taillées par les tailleurs de pierre selon les instructions du chef de chantier, puis posées par les maçons.

Un château fort n'est pas fait uniquement de pierre : il faut aussi une charpente pour le toit du logis seigneurial et des échafaudages pour élever les murs. Les charpentiers sont donc essentiels : ils choisissent des arbres adaptés à leurs besoins, puis les taillent pour fabriquer charpentes et échafaudages. Viennent ensuite les gâcheurs, chargés de produire le mortier, l'équivalent du béton au Moyen Âge.

D'autres métiers, moins connus du grand public, sont pourtant indispensables. Les charretiers transportent les charges lourdes avec des attelages à deux ou quatre roues : ce sont les « chauffeurs poids lourds » d'autrefois. Les forgerons fabriquent et réparent les outils, ainsi que toutes les pièces en fer nécessaires au chantier.

Les tuiliers et les potiers ont chacun leur rôle : le tuilier fabrique les éléments en terre cuite pour le château, tandis que le potier crée des jarres et des cruches, utiles pour le ravitaillement des artisans. Les vanniers, eux, tressent l'osier pour faire des paniers et des cordages. L'atelier des couleurs prépare les pigments pour décorer l'intérieur du logis seigneurial. Enfin, le jardinier entretient potager et verger pour nourrir les artisans et approvisionner les tables destinées aux visiteurs.

Une contribution à la fois scientifique et économique 

Guédelon est un formidable exemple d'archéologie expérimentale. En effet, comme expliqué précédemment, les initiateurs du projet ont la volonté de construire le château de la manière la plus fidèle possible, comme au XIIIᵉ siècle. C'est pourquoi ils se sont, dès le début, munis d'un comité scientifique chargé de valider, par exemple, le choix de l'architecture ou la recette de la chaux. Avant d'être proposées au comité scientifique, les idées sont le fruit de recherches minutieuses, en s'appuyant sur des sources scientifiques modernes.

Cette collaboration n'est pas à sens unique : grâce à elle, les scientifiques peuvent valider concrètement leurs hypothèses, mais aussi contribuer à leur devoir de transmission du savoir.

Guédelon est également un exemple de développement économique. Grâce à ce projet, près de 300 000 visiteurs viennent chaque année découvrir le chantier, ce qui stimule le tourisme local. De plus, il a permis de créer des emplois : environ 70 salariés, en CDI ou saisonniers, travaillent sur le site. Guédelon fonctionne ainsi comme une véritable PME locale, contribuant à la vitalité économique de la région.

Pour conclure 


En résumé, Guédelon est un projet à la base scientifique, mais qui a finalement eu un impact économique important sur la région. Guédelon est avant tout un rappel de l'importance de transmettre aux générations futures l'histoire de nos ancêtres et leur savoir-faire. Ce projet montre que, dès lors que l'Histoire avec un grand H est traitée de manière pédagogique, elle devient une matière ô combien passionnante et fascinante.


Bibliographie